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Humeurs

De l’art de faire un beau paquet

Jolie photo trouvée sur le site « Shots », magazine en ligne consacré au genre du thriller et du policier, dans la rubrique « Getting A Way With Murder » animée par l’écrivain et critique britannique, mais non moins moustachu, Mike Ripley.

« Le mal hante les rues de Londres »
« Le mal hante les rues de Londres »

J’ignore s’il s’agit d’un montage ou si Mr Ripley a réellement reçu par la poste le roman sous cette forme, toujours est-il que le résultant est superbe. Je vais demander à Marie-Laure Pascaud, mon attachée de presse préférée, que tous les exemplaires de mes ouvrages soient dorénavant adressés sous ce conditionnement. Effet garanti… (je plaisante, Marie-Laure !).

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Coulisses de l’Histoire Humeurs

Hit the road, Jack !

Quel choc ! La nouvelle est tombée le samedi 6 septembre dernier dans le quotidien britannique Daily Mail, relayée par Le Parisien sur son site internet dès le lendemain, puis dans l’édition papier du lundi matin : au terme de cent vingt-six ans d’une quête acharnée, on aurait démasqué Jack l’Éventreur. Oui, vous ne rêvez pas ! Jack the Ripper, le criminel le plus célèbre de l’histoire, aurait dorénavant un état civil, et donc aussi un visage. Sacrebleu ! Il m’a fallu cinq semaines pour m’en remettre.

Aujourd’hui je me sens capable, du moins je crois, d’écrire quelques lignes sur le sujet. En vérité, à la seconde où j’ai appris la nouvelle, ma première pensée n’a pas été pour les victimes officielles (Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly), mais pour les victimes « collatérales » de cette incroyable révélation, tous les auteurs qui ont glosé à un moment ou à un autre sur l’identité supposée du meurtrier et qui ont eu l’audace de proposer un nom, « leur » nom : Patricia Cornwell (selon la romancière américaine, l’Éventreur était le peintre Walter Sickert), Stephen Knight (père de la thèse conspirationniste d’après laquelle sir William Gull, médecin franc-maçon de la reine, serait le coupable), Michael Harrison (lui incriminait James Kenneth Stephen, ancien mentor du duc de Clarence, petit-fils de Victoria), Sophie Herfort (a jeté son dévolu sur Melville Macnaghten, un des chefs de Scotland Yard), Michel Moatti (penche pour John McCarthy, propriétaire du bouge dans Dorset Street où vivait Mary Jane Kelly)… J’en passe, et des meilleurs. Dans quel état psychologique devaient se trouver ces femmes et hommes de bonne volonté qui avaient passé des années, et certainement dépensé beaucoup d’argent ne serait-ce qu’en frais de transport et d’hôtellerie dans le cadre de leur enquête, pour atteindre à ce qu’ils croyaient être la vérité. Excepté Stephen Knight et Michael Harrison, qui ont cassé leur pipe il y a quelques lustres déjà, les autres ont dû éprouver une cruelle amertume.

En mai dernier, je lisais justement le roman-enquête de Michel Moatti, Retour à Whitechapel, bouquin passionnant au demeurant, écrit dans un style alerte et, par moment, véritablement inspiré. Quid de cet ouvrage ? À jeter aux orties désormais ? Pareil pour celui de Patricia Cornwell ? Je me sentais tellement en empathie avec les auteurs susnommés que, par un de ces retournements dont mon esprit torturé est coutumier, j’en étais presque arrivé à me sentir fautif. Car moi aussi, vous le savez sans doute, j’ai commis un roman dont l’un des personnages était Jack l’Éventreur. Ou plutôt son ectoplasme. Dans Le Fantôme de Baker Street, j’imagine que le double éthérique de quelques grandes figures maléfiques de l’époque victorienne, réelles ou fictives, surgissent en 1932 pour réitérer leurs méfaits dans la capitale britannique. Mais, dans mon roman, bien que j’eusse moi aussi ma petite idée sur la question, je m’abstiens de proposer une identité pour l’Éventreur. Ce qui m’intéressait, c’était l’empreinte mentale que Jack avait laissé dans l’imaginaire collectif. « Les autres écrivains, ai-je hoqueté les larmes au bord des yeux, ils ont eu le courage de leur opinion ! Pat, Sophie, Michel… ils se sont mouillés, eux ! »

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Alors, me direz-vous, qui était Jack l’Éventreur ? Quel est le véritable nom du prince des serial killers ? La réponse est déconcertante : il s’agirait d’Aaron Kominski, barbier de Whitechapel. Âgé de trente-trois, ce juif polonais fraîchement débarqué à Londres (1882) était depuis quelques années déjà sujet à de graves crises de paranoïa et souffrait d’hallucinations auditives. Pour compléter le tableau, c’était un onaniste compulsif — en d’autres termes, il se paluchait à toute heure du jour et de la nuit. Le bougre vivait tantôt chez son frère Wolf, au 3 Sion Square, à côté de l’église St Mary’s dont il ne reste aujourd’hui que les vestiges, tantôt au 16 Greenfield Street chez l’une de ses sœurs, la pauvre Matilda, qui a dû en voir des vertes et des pas mûres avec un frangin pareil.

Le nom d’Aaron Kominski n’est cependant pas sorti de nulle part puisqu’il faisait partie de la liste des principaux suspects établie par Scotland Yard à l’époque des faits. Un document découvert en 1987 indique même qu’aux yeux de l’inspecteur-chef Donald Swanson, en charge de l’enquête sur les crimes ignobles de Whitechapel, Kominski était sans doute le coupable. Le barbier masturbateur avait été confondu par un témoin, avant que celui-ci ne se rétracte. Selon certains, les membres de la famille auraient entretenu eux aussi de sérieux soupçons. Ayant longtemps renâclé à livrer Aaron à la police, ils se seraient décidés à le faire interner quelques mois après la fin de l’affaire. Kominski fut effectivement admis au Mile End Old Town Infirmary en 1890, puis à Colney Hatch en 1891 avant d’être transféré à l’hôpital psychiatrique de Leavesden, dans le Hertfordshire, où il finit ses jours en 1919.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec Aaron Kominski on se trouve à mille lieues de l’image de l’aristocrate en haut-de-forme et pèlerine fendant le brouillard de l’East End, un sac empli d’instruments de dissection, pour aller perpétrer ses horreurs à la seule clarté de la lune.

Preuve qu’harmonie et justice n’ont pas totalement disparu de ce monde, des voix se sont vite élevées pour contester farouchement cette version. Il est vrai que, en y regardant de plus près, la manière dont l’enquêteur amateur Russell Edwards, homme d’affaires de 48 ans (en fait, il s’avère surtout être le propriétaire d’une boutique de souvenirs dédiée à Jack l’Éventreur, sise au 7 Toynbee Street, à deux pas de l’ancienne chambrette de Mary Jane Kelly), s’y est pris pour confondre l’assassin laisse un tantinet à désirer. Je convie le lecteur à se forger sa propre opinion (par exemple en allant voir ici ou ).

À l’heure qu’il est, c’est-à-dire un mois seulement après le cataclysme provoqué par l’article du Daily Mail, les rippérologues les plus sérieux s’accordent même à penser qu’Aaron Kominski ne peut pas être Jack l’Éventreur. Vous entendez cela, Pat, Sophie, Michel ? Au bout du compte, Kominski ne serait pas l’Éventreur ! Et si ce n’est pas lui, c’est donc un autre. Du coup, cette nuit, voyant fleurir un peu partout sur la toile les protestations à l’encontre de la théorie de ce crâneur d’Edwards, je me suis ouvert une bouteille de Perrier-Jouët, et j’ai bu. À la santé de mes sœurs et frères de plume. J’étais tellement heureux pour eux. Heureux pour moi aussi. Et pour tous les amateurs de mystères…

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Humeurs Vie littéraire

The Baker Street Phantom

Hier, un ami m’a mailé une photo que je pensais avoir définitivement perdue et qui, à l’époque, m’avait été adressée par Jane Aitken, la directrice éditoriale de Gallic Books. Elle représente l’affiche du Baker Street Phantom dans un couloir du métro londonien (cela aurait pu être la station Baker Street, mais les couleurs des cimaises laissent plutôt à penser qu’il s’agit d’une station de la « District Line », qui relie l’Embankment à Whitechapel.

Affiche du « Baker Street Phantom »
« Fantastique à tout point de vue » clame la publicité. Merci les Anglais !

Il faut dire que, quand le livre est sorti en Angleterre, il a été sélectionné comme livre du mois par le réseau de librairies Waterstone et, en conséquence, a bénéficié d’une petite campagne de promotion, à Londres et dans une poignée d’autres villes. En particulier, un affichage dans une demi-douzaine de stations du tube. Quelle fut donc ma joie de contempler à nouveau cette photo !

Gode save the Queen !